Читать книгу «Les morts commandent» онлайн полностью📖 — Vicente Blasco Ibáñez — MyBook.
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—Que monsieur était drôle! Comme son grand-père, il disait les choses les plus stupéfiantes, les plus incroyables, avec une gravité qui trompait les gens. Et elle, la pauvre sotte, elle avait pris cette farce au sérieux...

—Mado, c’est bien vrai, je me marie avec une Chueta... la fille de don Benito Valls: C'est pour cela que je vais aujourd’hui à Valldemosa...

La voix éteinte de Jaime, son accent timide dissipèrent tous les doutes de la servante. Elle resta bouche béante, les bras tombant, sans trouver la force de lever les mains et les yeux... une juive...

—Mon Dieu! mon Dieu! mon Dieu!

Il lui était impossible de dire autre chose. Elle croyait avoir rêvé que le tonnerre avait ébranlé la vieille maison, qu’un gros nuage venait de cacher le soleil, que la mer se plombait et qu’elle allait lancer ses vagues houleuses contre la muraille. Puis elle vit que rien n’était changé, et qu’elle avait été troublée par cette étonnante nouvelle.

—Mon Dieu!... mon Dieu!... mon Dieu!

Et, saisissant la tasse vide et le reste du pain, elle se mit à courir, pour se réfugier au plus vite dans la cuisine. Arrivée là, elle eut peur. Quelqu’un devait marcher là-haut, dans les salons vénérables, quelqu’un dont elle ne pouvait s’expliquer la nature, mais qui se réveillait après un sommeil séculaire. Ce vieux palais avait assurément une âme. D'habitude, elle entendait les meubles craquer, les tapisseries s’agiter et bruire, la harpe dorée de l’aïeule de don Jaime vibrer, et elle n’en éprouvait nulle crainte, car elle savait que les Febrer avaient toujours été d’honnêtes gens, simples et bons pour les humbles... Mais maintenant, après une pareille déclaration!... Elle songeait avec inquiétude aux portraits qui ornaient la salle de réception. Quelle expression devaient avoir les visages des ancêtres, s’ils avaient entendu les paroles que venait de prononcer leur descendant!

Mado Antonia finit par se rasséréner, en buvant le reste du café préparé pour son maître. Elle n’avait plus peur, mais elle ressentait une tristesse profonde, en songeant à la destinée de don Jaime, comme si elle l’eût vu en danger de mort.

Un peu de mépris vint dominer momentanément sa vieille tendresse. Quelle honte éprouverait la tante de Jaime, qui était la dame la plus noble et la plus pieuse de l'île, celle que beaucoup nommaient la Papesse, par ironie ou par respect.

—Au revoir, Mado! Je serai de retour à la tombée de la nuit.

La vieille se voyant seule, leva les bras vers le ciel pour invoquer le sang du Christ, la Vierge de Lhuch, patronne de l'île, et enfin le grand saint Vincent Ferrer, qui avait fait tant de miracles, lorsqu’il était venu prêcher à Majorque. Qu’il en fît un de plus, pour empêcher de se réaliser le monstrueux projet de don Jaime! Qu’un énorme quartier de roche se détachât de la montagne, pour couper la route de Valldemosa! Que la voiture versât, et que l’on rapportât don Jaime sur un brancard!... Tout plutôt que cette honte!

Febrer, ayant traversé l’antichambre, commença de descendre les marches de l’escalier. Comme tous les nobles de l'île, ses pères avaient élevé des constructions grandioses. Le vestibule occupait un tiers du rez-de-chaussée. Une sorte de loggia à l’italienne, formée de cinq arcades, soutenue par de fines colonnettes, s’étendait en haut de l’escalier et donnait accès, par deux portes, aux deux ailes de l’édifice, plus élevées que le corps principal du logis. Au centre de la balustrade, en face de la porte-cochère, se trouvait l’écusson en pierre des Febrer, avec une lanterne en fer forgé.

En descendant, Jaime heurtait sa canne contre les marches de pierre, ou en frappait les hautes amphores vernissées qui ornaient les paliers, amphores qui, sous le choc, rendaient un son de cloche. La rampe de fer, oxydée par les ans, s’effritait en écailles rouillées, et tremblait au bruit des pas, comme si elle allait se desceller.

Arrivé à la cour d’honneur, Febrer s’arrêta. En songeant à la grave résolution qu’il avait prise, il jeta un long regard sur ce vieux palais que, d’ordinaire, il considérait avec indifférence. La cour, vaste comme une place publique, pouvait recevoir plus de douze carrosses et tout un escadron de cavaliers. Douze colonnes massives, en marbre veiné de l'île, soutenaient les arcades de pierre simplement taillée, sur lesquelles reposait un plafond aux poutres noircies par le temps. Le pavé était formé d’un cailloutage, verdi de mousse. Une fraîcheur de ruines régnait dans cette cour immense et déserte. Un chat la traversa, sortant des anciennes écuries par la chatière d’une porte vermoulue, et disparut bientôt par l’orifice des souterrains abandonnés, où l’on conservait autrefois les récoltes.

La rue était solitaire. A son extrémité, bordée par le mur du jardin des Febrer, on apercevait les remparts, percés d’une grande porte, armée au cintre d’une herse de bois, dont les dents semblaient être d’un poisson gigantesque. A travers cette ouverture, les eaux de la baie, vertes et lumineuses, tremblaient de reflets d’or.

Jaime fit quelques pas sur le pavé bleuâtre de la rue, dépourvue de trottoirs, puis s’arrêta encore, pour contempler sa demeure. Ce n’était plus qu’un faible reste du passé. L'antique palais des Febrer avait occupé un vaste espace, mais avec le temps et la gêne de la famille, il avait peu à peu diminué d’étendue. Une partie de ce palais était devenue un couvent de religieuses, tandis que d’autres avaient été acquises par de riches Majorquins, qui, en surchargeant l’édifice de balcons modernes, en avaient détruit l’unité primitive, visible encore dans la ligne des auvents et des toits. Quant aux Febrer, ils avaient dû, pour accroître leurs revenus, se réfugier dans la partie du palais donnant sur les jardins et sur la mer, tandis qu’ils louaient les rez-de-chaussée à des boutiquiers et à de petits industriels. Tout à côté de la grande porte seigneuriale, une vitrine laissait voir des jeunes filles qui repassaient du linge. Elles saluèrent don Jaime d’un sourire respectueux. Celui-ci demeurait immobile, et continuait à contempler la demeure de ses ancêtres.

Elle avait grand air, toute mutilée et vieille qu’elle était! La pierre du soubassement, effritée et creusée par le frôlement des piétons et le heurt des voitures, était coupée à ras du sol par de nombreux soupiraux grillés. A partir de l’entresol, loué à un droguiste, la majesté de la façade commençait à se déployer. Au niveau de l’arcade, dominant la porte-cochère, trois fenêtres, divisées par des colonnes géminées, montraient leurs encadrements de marbre noir, finement travaillé. Des chardons de pierre montaient le long des colonnes qui soutenaient les corniches, surmontées de trois grands médaillons. Dans celui du centre, était sculpté le buste de l’empereur, avec cette inscription: Dominus Carolus Imperator 1541, rappelant le passage de Charles-Quint à Majorque, lors de la malheureuse expédition d'Alger. Ceux des côtés figuraient les armes de Febrer, soutenues par des poissons à têtes d’hommes barbus. Au premier étage, ornant les montants et les corniches des larges fenêtres, des rinceaux, formés d’ancres et de dauphins, rappelaient les gloires de cette lignée de navigateurs. A chaque extrémité s’ouvrait une énorme conque. Dans la partie la plus haute de la façade, s’alignait une file compacte de fénestrelles gothiques: les unes murées, d’autres ouvertes, pour donner de l’air et de la lumière aux mansardes; enfin couronnant le tout, l’auvent monumental, l’auvent grandiose, comme on n’en voit qu’à Majorque, projetait jusqu’au milieu de la rue son magnifique assemblage de chevrons sculptés, noircis par le temps et soutenus par de massives gargouilles.

Jaime parut satisfait de son examen. Le palais de ses ancêtres était beau encore, malgré les fenêtres sans vitres, malgré la poussière et les toiles d’araignées amoncelées dans les brèches des murailles. Après son mariage, lorsque la fortune du vieux Valls aurait passé dans ses mains, tous s’émerveilleraient de voir la splendide résurrection des Febrer. Et il y avait des gens qui se scandalisaient de sa résolution! Et lui-même avait des scrupules!... Allons, courage! En avant!

Il se dirigea vers le Borne, large avenue au centre de Palma, autrefois lit d’un torrent qui partageait la cité en deux villes ennemies: Can Amunt et Can Avall. Il y trouverait une voiture pour le conduire à Valldemosa.

Au moment où il s’engageait dans l’avenue, son attention fut attirée par un groupe de promeneurs qui, à l’ombre d’arbres touffus, regardaient trois campagnards en arrêt devant l’étalage d’une boutique. Febrer reconnut leurs costumes, très différents de ceux des paysans marjorquins. C'étaient des gens d'Iviça. Le nom de cette île évoquait en lui le souvenir, déjà lointain, d’une année passée là-bas, pendant son adolescence. En apercevant ces gens dont la vue amusait les Majorquins, Jaime se mit à sourire et à considérer avec intérêt leur accoutrement et leur physionomie.

Sans aucun doute, c’était un père avec son fils et sa fille. Le père était chaussé d’espadrilles blanches sur lesquelles tombait un ample pantalon de panne bleue. Sa veste était retenue sur la poitrine par une agrafe et laissait voir la chemise et la ceinture. Une mante de couleur foncée était posée comme un châle sur ses épaules, et, pour compléter ce costume à moitié féminin qui contrastait avec la rudesse de son brun visage de Maure, il portait sous son chapeau un foulard noué au menton, dont les pointes retombaient sur le dos. Le fils, d’environ quatorze ans, était vêtu de la même façon. Il avait un pantalon également large d’en haut, et rétréci à la jambe, mais il ne portait ni mante ni foulard. Un ruban rose, noué au cou, flottait sur sa poitrine, en guise de cravate; il avait un petit bouquet d’herbes posé sur l’oreille, et son chapeau, orné d’un galon à fleurs, était rejeté en arrière, laissant en liberté un flot de cheveux frisés, qui tombaient sur son front. Son visage malicieux, maigre et brun, était animé par l’éclat de deux yeux africains, d’un noir intense.

Mais c’était la jeune fille qui attirait le plus l’attention. Elle portait une jupe verte à petits plis, sous laquelle se devinaient d’autres jupes superposées, le tout formant un ballon, qui faisait paraître encore plus menus ses pieds fins et mignons, dans leurs blanches espadrilles. Le relief de sa poitrine se dissimulait sous un fichu jaunâtre, parsemé de fleurs rouges. Les manches de velours, d’une couleur autre que celle de son corsage, étaient ornées d’une double rangée de boutons en filigrane, œuvre des orfèvres juifs. Une triple chaîne d’or d’où pendait une croix, brillait sur sa poitrine; les mailles en étaient si grosses que, si elles n’avaient été creuses, elles auraient accablé la jeune fille de leur poids. Sa chevelure, noire et brillante, séparée en deux bandeaux sur le front, était cachée sous un foulard blanc attaché sous son menton, puis reparaissait sur sa nuque en une longue tresse, ornée de rubans multicolores, qui descendaient jusqu’au bas de sa jupe.

La jeune fille, un petit panier passé à son bras, demeurait immobile sur le bord du trottoir, regardant fixement tous les curieux, ou admirant les hautes maisons et les terrasses des cafés. Blanche et rose, elle n’avait pas les traits rudes et le teint cuivré des campagnardes. Son visage rappelait, par sa pâleur nacrée, celui d’une religieuse noble et élégante, et sous le foulard semblable à une guimpe de nonne, était éclairé par le reflet lumineux de ses dents et par l’éclat de ses yeux timides.

Poussé par une curiosité instinctive, Jaime s’approcha des deux hommes qui, tournant le dos à la jeune fille, étaient en contemplation devant une vitrine d’armurier. Ils examinaient, une à une, les armes exposées, avec des yeux ardents et une mine de dévots, comme s’ils adoraient des idoles. Le jeune homme avançait sa tête de Maure, comme s’il eût voulu l’enfoncer dans la vitrine.

—Des pistolets!... Père, des pistolets! s’écriait-il avec la surprise joyeuse de celui qui se trouve inopinément en présence d’un ami.

L'admiration des deux jeunes Ivicins allait surtout aux armes inconnues, qui leur semblaient de merveilleuses œuvres d’art: fusil à percussion centrale, carabines à répétition, et surtout ces revolvers qui peuvent tirer plusieurs coups de suite.

L'image de Febrer, se reflétant dans la vitre, fit retourner vivement le père:

—Don Jaime! ah! don Jaime!

Sa surprise et sa joie furent si vives que peu s’en fallut qu’en étreignant les mains de Febrer, il ne se jetât à ses genoux.

—Nous nous amusions, dit-il d’une voix tremblante, à regarder les magasins, en attendant l’heure de nous présenter chez vous... Avancez, les enfants! et regardez bien. C'est don Jaime! c’est le maître! Il y a bien dix ans que je ne l’ai vu, mais je l’aurais tout de même reconnu entre mille.

Febrer, surpris, ne parvenait pas à coordonner ses souvenirs.

—Vraiment, vous ne me reconnaissez pas, señor? Voyons, Pép Arabi, d'Iviça...

Ce nom même ne disait pas grand’chose à Febrer; car, à Iviça, il n’y a que six ou sept noms de famille, et un quart des habitants s’appelle Arabi. Pour plus de clarté, l’homme ajouta:

—Je suis Pép Arabi, de Can Mallorquí.

Febrer sourit. Ah! Can Mallorquí! il se rappelait ce modeste domaine où il avait passé une année, dans son enfance. C'était l’unique bien qu’il eût hérité de sa mère. Mais, depuis douze ans bientôt, Can Mallorquí ne lui appartenait plus. Il l’avait vendu à Pép, qui en était le fermier, comme l’avaient été son père et son aïeul. Jaime avait alors quelque fortune, pourtant, mais à quoi lui servait cette propriété, située dans une île écartée, où il ne retournerait jamais? Aussi d’un geste généreux de grand seigneur, l’avait-il cédée à Pép, pour un prix fort peu élevé, calculé d’après le montant du fermage, en lui accordant de longs délais pour le paiement. Depuis quelques années déjà, Pép avait fini d’acquitter sa dette; cependant ces braves gens l’appelaient toujours «le maître».

Pép Arabi présenta ses enfants: la jeune fille était l’aînée; elle se nommait Margalida; une véritable petite femme, bien qu’elle n’eût que dix-sept ans. Le garçon n’en avait que quatorze: il voulait être cultivateur, comme son père et ses aïeux, mais Pép le destinait au séminaire d'Iviça, parce qu’il avait une belle écriture. Ses terres iraient au garçon honnête et travailleur qui épouserait Margalida. Elle avait déjà plusieurs prétendants; dès son retour, allait commencer la saison des festeigs, ces traditionnelles cours d’amour, et elle choisirait un mari. Quant à Pépet, il était appelé à de plus hautes destinées; il serait prêtre, et quand il aurait dit sa première messe, il deviendrait aumônier militaire, ou il s’embarquerait pour l'Amérique, comme l’avaient fait d’autres jeunes gens d'Iviça, qui gagnaient beaucoup d’argent là-bas et en envoyaient à leurs parents pour l’achat de terres, dans leur île natale. Ah! comme le temps passait! Pép avait vu don Jaime presque enfant, quand celui-ci était venu à Can Mallorquí avec sa mère.

C'était Pép qui, le premier, lui avait appris à manier un fusil et à chasser les oiseaux. Il n’était pas marié, et ses parents vivaient encore... Puis, ils ne s’étaient revus qu’une fois à Palma, quand don Jaime lui avait vendu le domaine (grande faveur dont il lui était toujours reconnaissant)—et aujourd’hui qu’il revenait le voir, il était presque vieux avec deux enfants presque aussi grands que son maître!

Pép conta ensuite son voyage, en montrant dans un sourire d’une malice ingénue, sa solide denture de paysan. Ils avaient eu dix heures de navigation avec une mer magnifique. La fille portait leur dîner dans le panier. Ils repartiraient le lendemain, au petit jour, mais auparavant, il devait s’entretenir avec le maître. Il avait à lui parler d’affaires.

Jaime, surpris, prêta plus d’attention aux paroles de Pép. Celui-ci s’exprimait avec une certaine timidité, et s’embrouillait dans ses explications: «Les amandiers faisaient la principale richesse de Can Mallorquí. L'année précédente, la récolte avait été bonne, et cette année, elle promettait de n'être pas mauvaise. On vendait les amandes un bon prix aux patrons de barques, qui les transportaient à Palma et à Barcelone. Il avait planté d’amandiers presque toute sa propriété; maintenant il songeait à défricher et à épierrer certaines terres appartenant à don Jaime, pour y faire pousser du blé, ce qu’il fallait pour sa famille, pas davantage.

Febrer ne cacha point son étonnement. Quelles pouvaient bien être ces terres-là?... Il possédait donc encore quelque chose à Iviça?...

Pép sourit. Ce n’étaient pas précisément des terres, mais il y avait un promontoire rocheux, avançant sur la mer, et l’on pouvait fort bien l’utiliser, du côté opposé, en construisant sur la pente des terrasses en étage, pour la culture. C'était au sommet de cette falaise que se trouvait la tour du Pirate. Le señor devait certainement se la rappeler... Une tour fortifiée, datant de l’époque des corsaires. Tout gamin, don Jaime y avait grimpé plus d’une fois, proférant des cris de guerre, et lançant à l’assaut une armée imaginaire.

Febrer qui, un instant, avait cru faire la découverte d’une propriété oubliée, sourit tristement. Ah! la tour du Pirate! Il s’en souvenait bien. Elle s’élevait sur un rocher calcaire, une saillie de la côte, où, dans les interstices de la pierre, poussaient des plantes sauvages. Le vieux fortin n’était qu’une ruine qui lentement s’émiettait sous l’action du temps et les assauts des vents marins. Les pierres se détachaient et tombaient; les créneaux étaient ébréchés.

Lorsqu’on avait rédigé l’acte de vente de Can Mallorquí, la tour n’avait pas été mentionnée, peut-être par oubli, tant elle ne pouvait servir à rien. Pép pouvait donc en faire ce que bon lui semblait, car lui, il ne retournerait jamais dans ces lieux, depuis longtemps oubliés. Comme le paysan parlait de l’indemniser, don Jaime l’arrêta d’un geste de grand seigneur. Puis il se mit à regarder la jeune fille. Elle était vraiment bien. On eût dit une demoiselle déguisée en paysanne. Là-bas, à Iviça, tous les jeunes gens devaient en être amoureux. Le père souriait, satisfait...

—Allons, petite, salue le señor... Comment dit-on?

Il lui parlait comme à une gamine. Elle, les yeux baissés, le sang au visage, saisit d’une main l’un des coins de son tablier, et murmura d’une voix tremblante:

—Votre servante, señor!...

Febrer mit un terme à l’entrevue en invitant Pép et ses enfants à se rendre chez lui. Il y avait longtemps que le paysan connaissait Mado Antonia. Elle serait heureuse de les voir. Ils prendraient leur repas avec elle, à la fortune du pot. Lui les reverrait le soir, à son retour de Valldemosa.

—Au revoir, Pép! au revoir, mes enfants!

Et de sa canne, il fit signe à un cocher, assis sur le siège d’une de ces voitures qu’on voit seulement à Majorque, véhicule très léger à quatre roues, égayé d’un dais de toile blanche.

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