Edmund gisait en larmes dans la petite pièce sombre. Rien ne s’était déroulé comme il l’avait voulu. Il avait blessé Esther, avait été utilisé par dame Obsidienne et, à présent, il ne pourrait plus jamais retourner à l’École des Prophètes. Si le professeur Amethyst découvrait ce qu’il avait fait, il serait certainement expulsé.
Soudain, on frappa à la porte. Edmund s’assit, essuyant ses larmes.
— Oui ?
La porte s’ouvrit. Une fille aux cheveux roux regarda à l’intérieur.
— Dame Obsidienne te demande.
Edmund sentit sa poitrine se serrer. Il n’avait nulle autre part où aller. Après avoir trahi l’école et Esther, il s’était réveillé pour découvrir que les lieux tremblaient violemment. Dame Obsidienne lui était alors apparue et lui avait offert une place dans son école. Il n’avait pas eu d’autre choix que de l’accepter.
Il se leva, avec l’impression que son corps tout entier était de plomb, et suivit la fille aux cheveux roux hors de la pièce.
— Je suis Madeleine, au fait, dit-elle en le guidant dans les couloirs sombres.
Mais Edmund était trop malheureux pour ne serait-ce que répondre.
— Tu vas t’habituer à ici, lui l’encouragea-t-elle. C’est une excellente école.
— Bien sûr, marmonna-t-il, mais il sut qu’il ne le ferait pas.
L’École des Prophètes de Dame Obsidienne était un endroit horrible. Son ancienne école était lumineuse et moderne, mais celle-ci ressemblait à un vieux château miteux. Elle était froide. Elle sentait l’humidité. Il n’y avait passé qu’une nuit et il la détestait déjà.
Madeleine s’arrêta devant une grande porte en bois et toqua.
— Entrez, appela une voix de l’intérieur.
Edmund la reconnut immédiatement. Dame Obsidienne. La femme qui l’avait poussé à trahir son amour, Esther.
Madeleine ouvrit la porte et fit signe à Edmund d’entrer avec elle.
À l’intérieur se trouvait une pièce qui semblait être un bureau. Il y avait une grande table avec de nombreux sièges, chacun occupé par un étudiant d’Obsidienne. Dame Obsidienne elle-même était assise sur un grand trône.
Les yeux d’Edmund scrutèrent les étudiants dans la pièce. Il y avait un garçon très étrange avec des cheveux noirs et des traits osseux, et la peau si pâle qu’il semblait être un crâne avec des yeux. D’ailleurs, ses yeux étaient si brillamment bleus qu’ils ne ressemblaient à rien de ce monde. À côté de lui était assise une grande fille au maquillage sombre, les bras croisés d’une manière qui lui donnait un air très méchant. À côté d’elle se tenait un garçon rondelet aux cheveux foncés et aux yeux complètement noirs. Son regard était fixé sur le dessus de la table et il semblait avoir récemment subi un terrible traumatisme.
Madeleine, la fille aux cheveux roux, prit l’unique siège de libre à côté du garçon à l’air sournois, laissant Edmund debout.
— Voici Edmund, annonça Dame Obsidienne, souriant avec son air froid. Mon informateur. Mon espion extraordinaire.
Edmund eut l’estomac retourné. Comment osait-elle prétendre qu’il avait été impliqué ? Comme si elle ne l’avait pas trompé pour qu’il commette ces actes.
— J’ai pensé qu’il serait bien que tu expliques à tout le monde ce qui s’est passé à l’École des Prophètes, poursuivit la directrice. Puisque tu as tant contribué à la mission.
Edmund grinça des dents. Il frissonna en se rappelant comment l’école avait tremblé. Comment ses murs avaient commencé à s’effondrer. Comment les branches du kapok s’étaient brisées, faisant s’écraser les passerelles au sol. Comment ses professeurs et ses camarades de classe – et ses amis – avaient dû fuir par le transporteur d’urgence.
— Elle a été évacuée, marmonna-t-il, la tête baissée, honteux.
— Et pourquoi a-t-elle été évacuée ? le pressa dame Obsidienne.
Elle se délectait manifestement de tout cela. Edmund ressentait à son égard un élan de haine plus forte que tout ce qu’il avait pu un jour ressentir envers son vieux rival en amour, Oliver.
— Parce qu’elle était en train de s’effondrer, annonça-t-il, toute l’amertume qu’il ressentait se reflétant dans son ton.
Tout autour de la salle, les étudiants d’Obsidienne se mirent à applaudir. Ils semblaient ravis tandis qu’ils échangeaient des exclamations murmurées entre eux. Tout cela laissait Edmund malade et honteux.
Dame Obsidienne, quant à elle, semblait ravie.
— L’École des Prophètes d’Amethyst menace ruine, annonça-t-elle en agitant les mains dans un grand geste. Et maintenant, c’est le moment idéal pour envoyer une équipe d’assaut.
Edmund eut le souffle coupé.
— Non. S’il vous plaît, laissez-les juste tranquilles ! Qu’y a-t-il d’autre à prendre de l’école ? Vous n’avez pas déjà obtenu tout ce que vous vouliez ?
Dame Obsidienne ricana.
— Edmund, Edmund, Edmund. Cher garçon stupide. L’École des Prophètes contient certains des artefacts les plus importants connus de notre espèce. Le professeur Amethyst a gardé sous clef tant de manuscrits et de textes, tant d’archives. Il est assis sur tant de connaissances. Il se voit comme un gardien, vois-tu. Il pense que l’on ne peut faire confiance qu’à lui et à un petit nombre de prophètes dispersés à travers l’histoire pour connaître les secrets des prophètes. Mais je crois au partage d’informations. Je souhaite libérer le savoir qu’il a gardé enfermé pendant des siècles.
Autour de la table, Edmund vit tous les étudiants acquiescer. C’était donc là le mensonge que leur avait servi dame Obsidienne, pensa-t-il. Là où elle avait utilisé son amour pour Esther pour le convaincre d’exécuter ses ordres, elle racontait aussi des fables à ses élèves aussi. Ils pensaient tous que le professeur Amethyst était un homme terrible qui gardait pour lui tous les secrets des prophètes. Mais Edmund savait que non. Il savait que le professeur Amethyst était le meilleur prophète de l’univers. Qu’il avait pris un lourd fardeau sur ses épaules. Que son cœur était pur et que tout ce qu’il avait toujours voulu faire, c’était d’enseigner correctement à ses étudiants afin qu’ils puissent garder l’univers en sécurité.
Edmund se rendit compte qu’il avait trahi le meilleur mentor qu’il avait pu avoir le privilège de connaître. Que l’école qu’il aimait était condamnée. Qu’il était à blâmer pour tout cela. Il se sentit accablé. Désespéré. Désolé.
Les yeux de Dame Obsidienne brillèrent de malveillance. Elle frappa bruyamment dans ses mains. Soudain, un portail tourbillonnant apparut au fond de la pièce.
Le vent s’engouffra dans le bureau. Edmund haleta, le sentant fouetter ses vêtements et ses cheveux.
Dame Obsidienne se leva lentement de son trône et sourit, les lumières du portail clignotant dans ses iris.
— Madeleine. Natasha. Malcolm, dit-elle. La fille maussade aux cheveux noirs et l’étrange garçon au visage osseux se levèrent à ses ordres, de même que Madeleine. Dame Obsidienne regarda le garçon grassouillet. Et Christopher.
Il se leva. Edmund pensa que quelque chose clochait chez lui. Quelque chose de moins qu’humain. Il semblait hanté, comme s’il avait vécu un terrible traumatisme. Et il avait l’air méchant, comme s’il voulait se venger.
— Vous êtes mon équipe, annonça Dame Obsidienne. Mes meilleurs et plus brillants élèves.
Edmund observa, empli de honte, tandis que les quatre Obsidiennes se dirigeaient vers le portail pour finaliser, une bonne fois pour toutes, la destruction de l’École des Prophètes, une procédure qu’il avait mise en branle à la seconde où il avait fait équipe avec la diabolique dame Obsidienne.
— Il est temps, rugit-elle en levant son poing vers le ciel. Il est temps de révéler les secrets des prophètes une bonne fois pour toutes !
Les quatre enfants disparurent par le portail et Edmund sentit ses épaules s’affaisser. L’École des Prophètes était condamnée.
Oliver, Ralph et Hazel se hâtèrent à la suite du garçon, suivant ses traces tandis qu’il courait dans les rues de Florence. Oliver n’arrivait pas à croire qu’ils l’étaient à l’époque de Galileo. Il avait rencontré tellement de ses héros en voyageant dans le temps, c’était assez époustouflant. Si quelqu’un lui avait dit, lorsqu’il avait lu son livre sur les inventeurs d’un bout à l’autre, qu’il rencontrerait un jour certaines des personnes à l’intérieur, il ne l’aurait jamais cru !
Devant eux, une rangée de bâtiments beiges mitoyens apparurent. Ils comptaient entre quatre et six étages, avec à chacun une série de petites fenêtres carrées bien ordonnées. La rue ressemblait à une rangée de maisons de ville aux yeux d’Oliver, mais le garçon qu’ils avaient suivi se précipita à travers la porte en bois sculptée d’un immeuble de quatre étages. Et alors qu’ils se rapprochaient, les mots Accademia delle Arti del Disegno apparurent gravés sur la plaque de pierre à côté de la haute porte.
— C’est beaucoup plus petit que ce à quoi je m’attendais, commenta Ralph.
Hazel fit courir ses doigts sur les lettres gravées, comme si elle essayait d’absorber une partie de leur histoire.
— Vous saviez que notre ami Michelangelo a étudié ici aussi ? fit-elle remarquer.
— Ami ? plaisanta Ralph. Je ne pense pas que rencontrer quelqu’un une fois en fasse un ami.
— Il nous a aidés à sauver la vie d’Esther, répondit Hazel avec un froncement de sourcils mécontent. Cela ne fait définitivement pas de lui un ennemi !
— Les gars, interrompit Oliver. Ce n’est pas le moment de se quereller. Venez, entrons à l’intérieur.
Il poussa la grande porte en chêne qui s’ouvrit en craquant. Oliver avait l’impression de pénétrer dans un lieu secret. C’était un sentiment qui l’envahissait souvent quand il jetait un coup d’œil quelque part dans le passé. Il était difficile de véritablement accepter qu’en tant que prophète en mission, l’univers tolérait sa présence à cette époque et à cet endroit. Il s’attendait toujours à ce qu’un professeur sévère apparaisse de nulle part et lui dise de partir.
L’Accademia delle Arti del Disegno était plutôt fraîche à l’intérieur, en partie grâce au sol en marbre et aux petites fenêtres qui laissaient entrer très peu de soleil. Cette ambiance sombre n’était que plus soulignée par les panneaux en bois laqué qui s’élevait jusqu’à mi-hauteur des murs et par une série de solives vernies de la même façon, qui traversaient la largeur du plafond au-dessus d’eux. Des statues de pierre imposantes étaient placées à intervalles réguliers le long du couloir, complétant ainsi l’atmosphère grandiose et sombre.
Pendant que les enfants marchaient à l’intérieur, leurs pas résonnaient. Oliver regarda dans le couloir, à gauche puis à droite.
— Le voilà ! cria-t-il en voyant le garçon disparaître par une porte.
Ils se dépêchèrent après lui et empruntèrent la même entrée.
Ils se trouvaient maintenant dans une grande salle de conférence qui rappelait douloureusement à Oliver celle du docteur Ziblatt. Elle avait la même forme en fer à cheval, avec des bancs et une estrade au milieu, mais au lieu d’être tout en blanc, brillant et moderne, l’amphithéâtre était en bois. Au lieu d’un grand écran de projection, il y avait un tableau noir sur lequel était gribouillé quelque chose à la craie blanche : L’art de la perspective est de nature à faire apparaître ce qui est plat en relief et ce qui est en relief plat.
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