« Eh bien, Fanny, dit Edmond le jour suivant, comment trouvâtes-vous miss Crawford hier ? »
« Très-bien. J’aime à l’entendre parler ; elle m’amuse, et elle est si jolie, que j’ai beaucoup de plaisir à la regarder. »
« C’est principalement sa physionomie qui est attrayante ; mais n’y a-t-il rien eu dans sa conversation que vous ayez blâmé ? »
« Ah ! il me semble qu’elle n’aurait pas dû parler de son oncle comme elle l’a fait ; j’ai été toute étonnée. Cet oncle avec lequel elle a demeuré pendant tant d’années, et qui traite le frère de miss Crawford comme son fils, à ce qu’on dit ; je n’aurais pas cru qu’elle en eût parlé ainsi. »
« J’ai bien pensé que vous en auriez été frappée ; cela n’était point convenable. »
« Et j’y trouve même de l’ingratitude. »
« De l’ingratitude ! c’est peut-être trop dire. Il est à présumer que l’amiral n’a pas beaucoup de droits à sa reconnaissance, et que c’est à la femme de l’amiral que miss Crawford en doit plutôt qu’à lui. »
« Et peut-être comme elle a été entièrement élevée par sa tante, madame Crawford, elle n’a pas reçu d’elle des notions précises sur les égards qui étaient dus à l’amiral.
« Votre remarque est juste. Oui, nous devons croire que les légers défauts de miss Crawford doivent être attribués à la manière dont elle a été élevée. Son esprit est si vif, qu’il saisit tout ce qui lui présente une idée amusante. Je suis bien aise que vous l’ayez jugée à peu près comme moi. »
Il y avait toutefois une différence dans cette manière de juger miss Crawford entre Edmond et Fanny. Edmond était très-disposé à lui vouer une sorte d’admiration qui ne pouvait être partagée par Fanny. La harpe arriva, et ajouta encore à la beauté, aux grâces, aux charmes de miss Crawford, car elle jouait de cet instrument avec un goût particulier. Edmond était chaque jour au presbytère pour entendre son instrument favori. Chaque matinée se terminait par une invitation pour la matinée suivante ; miss Crawford n’était pas fâchée d’avoir un auditeur, et tout allait le mieux possible.
Une jeune femme jolie, aimable, vive, tenant une harpe aussi élégante qu’elle-même, placée auprès d’une fenêtre qui s’ouvrait sur un jardin, présentant un gazon entouré d’arbres et d’arbrisseaux ornés du plus beau feuillage que l’été pouvait leur donner, c’en était assez pour émouvoir le cour d’un jeune homme sensible. La saison, la scène, l’air, tout était favorable à la tendresse et au sentiment. Aussi Edmond, après avoir joui pendant une semaine des charmes d’une pareille société, était-il passablement amoureux. Et quoiqu’il ne fût ni un homme du monde, ni un fils aîné, et qu’il ignorât l’art de la flatterie et des aimables riens, il commençait à être agréable à Marie Crawford. Elle trouvait un charme dans sa sincérité, dans sa candeur, dans son intégrité. Toutefois elle ne cherchait pas à approfondir ces dispositions de bienveillance. Il lui plaisait pour le moment ; elle aimait à le voir auprès d’elle, cela lui suffisait.
Fanny ne pouvait être surprise qu’Edmond fût chaque matin au presbytère. Elle aurait été charmée d’y aller aussi pour entendre la harpe, sans être aperçue. Mais elle s’étonnait qu’Edmond fut presque toujours avec miss Crawford, sans qu’il ne remarquât plus rien de ce ton léger et inconsidéré qu’il avait d’abord blâmé en elle. La première peine réelle que miss Crawford occasionna à Fanny fut le résultat de l’inclination qu’elle témoigna pour apprendre à monter à cheval à l’exemple des jeunes personnes du parc de Mansfield. Edmond s’empressa de l’encourager dans ce désir, et lui offrit son propre cheval parfaitement dressé, et qui était celui dont Fanny se servait. Cette proposition fut faite par Edmond, sans qu’il crût qu’il en résultât la moindre peine pour Fanny. Le cheval devait seulement être mené au presbytère une demi-heure avant qu’elle fût prête à faire sa promenade accoutumée ; et Fanny fut pénétrée de reconnaissance de ce qu’Edmond lui demandât la permission de faire cet arrangement.
Miss Crawford fit son premier essai sans inconvénient pour Fanny. Edmond, qui avait présidé à tout, revint avec le cheval avant que Fanny et le vieux cocher qui l’accompagnait ordinairement quand elle faisait sa promenade sans ses cousines, fussent prêts à partir. Le second jour ne se passa pas tout à fait aussi innocemment. Miss Crawford prenait tant de plaisir à l’exercice du cheval, qu’elle ne savait comment l’interrompre. Vive, hardie, et sans être grande, d’une stature vigoureuse, elle semblait faite pour y réussir. Fanny était prête et attendait. Madame Norris commençait à la gronder de ce qu’elle ne fût pas déjà partie. Mais ni Edmond ni son cheval ne paraissaient. Pour échapper à sa tante, elle sortit à pied.
Les deux maisons, quoiqu’à peine éloignées d’un quart de lieue, n’étaient pas en vue l’une de l’autre. Mais après avoir fait une centaine de pas, Fanny pouvait se placer sur une éminence d’où on avait la vue du presbytère et de ses environs. Fanny y alla et aperçut bientôt dans la prairie du docteur Grant, Edmond et miss Crawford, tous deux à cheval, allant l’un près de l’autre, tandis que le docteur, madame Grant et M. Crawford les regardaient. Les accens de joie de miss Crawford montaient jusqu’à l’oreille de Fanny, qui s’étonnait qu’Edmond l’oubliât, et ne pouvait se défendre d’un serrement de cœur. Elle ne pouvait détourner ses yeux de la prairie et s’empêcher d’examiner tout ce qui s’y passait. D’abord miss Crawford et son compagnon firent le tour de la prairie au pas, puis ils prirent le galop, et Fanny fut surprise malgré elle de la bonne grâce de miss Crawford. Quelques minutes après ils s’arrêtèrent ; Edmond prenait la main de miss Crawford pour lui montrer à tenir les rênes. Fanny pensait que M. Crawford aurait bien pu éviter cette peine à Edmond. Un moment après, miss Crawford à cheval, accompagnée par Edmond à pied, se dirigea vers le parc, et y entrant, vint vers l’endroit où se trouvait Fanny qui, craignant de paraître trop impatiente, marcha lentement de leur côté.
« Ma chère miss Price, dit miss Crawford aussitôt qu’elle fut à portée d’être entendue, je viens vous faire mes excuses de vous avoir fait attendre. Je réclame mon pardon, car je ne dissimule point combien je suis coupable d’égoïsme. Mais il faut que vous me pardonniez, car l’égoïsme est une maladie pour laquelle il n’y a point d’espoir de guérison. »
La réponse de Fanny fut extrêmement polie ; et Edmond ajouta que miss Crawford devait être tranquille, parce que sa cousine avait encore le double du temps qu’il lui fallait pour faire sa promenade accoutumée. Fanny, après avoir reçu les adieux de miss Crawford, prit une autre route du parc, suivie du vieux cocher et sa gaîté ne revint point, lorsqu’en se détournant elle aperçut Edmond et miss Crawford qui descendaient ensemble la montagne en prenant le chemin du village.
Le soir, lorsque les deux familles se séparèrent, Edmond demanda à Fanny si elle avait l’intention de monter à cheval le jour suivant.
« Non, je ne crois pas, si vous avez besoin du cheval, » répondit Fanny.
« Je n’en ai pas besoin pour moi ; mais si vous avez l’intention de rester à la maison, je crois que miss Crawford sera bien aise d’avoir le cheval plus long-temps à sa disposition, et même pour toute une matinée. Elle a un grand désir de voir les environs de Mansfield ; mais elle serait fâchée de vous contrarier en cela. Vous montez à cheval pour votre santé, tandis que c’est un exercice qu’elle ne prend que pour son plaisir. »
« Je resterai à la maison demain, bien certainement, répondit Fanny, et vous savez que je suis assez forte maintenant pour me promener à pied, si je voulais sortir. »
Edmond parut satisfait, ce qui consola un peu Fanny. La promenade à cheval dans les environs de Mansfield fut arrêtée pour le lendemain matin. Tous les jeunes gens des deux familles en faisaient partie, à l’exception de Fanny, et ils jouissaient d’avance, dans leurs conversations, du plaisir qu’ils se promettaient. Un premier projet en amena un second, et quatre jours se passèrent en semblables promenades, pour montrer aux Crawford les plus belles vues du pays.
Edmond se repentit un peu de priver aussi long-temps Fanny de l’exercice qu’elle était accoutumée à prendre ; mais il résolut fermement que cela n’arriverait point une seconde fois, quoiqu’il ne voulût cependant pas, à cause de cela, ôter à miss Crawford un de ses plaisirs.
En effet, le lendemain qui suivit les promenades dans les environs de Mansfield, Fanny recommença ses exercices ordinaires, et Edmond se flatta que sa santé ne se ressentirait pas de leur interruption momentanée. Pendant qu’il était absent, M. Rushworth arriva : il accompagnait sa mère qui, pour montrer sa politesse, venait presser l’exécution du plan que l’on avait formé à Mansfield, de faire une visite à Sotherton. Madame Norris et ses nièces furent charmées de cette invitation. Un jour peu éloigné fut choisi, pourvu que M. Crawford n’eût point d’engagemens pris. Les demoiselles Bertram n’oublièrent point cette stipulation, et M. Rushworth, à l’aide de leurs insinuations, comprit que ce qu’il avait de plus convenable à faire, était d’aller au presbytère, pour savoir de M. Crawford si le mercredi prochain lui conviendrait.
Avant qu’il fût de retour, madame Grant et miss Crawford arrivèrent. Comme elles avaient pris une autre route, M. Rushworth ne les rencontra point. Le voyage à Sotherton continua d’être le sujet de la conversation. Madame Norris, à qui ce projet plaisait extrêmement, ne tarissait point sur les arrangemens à faire ; et madame Rushworth, femme d’une politesse pompeuse, qui ne trouvait rien de plus important que ce qui avait rapport à elle et à son fils, pressait continuellement lady Bertram d’être de la partie. Celle-ci refusait constamment, mais sa manière calme de refuser, faisait croire, à lady Rushworth qu’elle désirait venir, et ce ne fut qu’après beaucoup de paroles de la part de madame Norris, qu’elle fut assurée de la vérité.
« La fatigue serait trop grande pour ma sœur. Veuillez l’excuser, et accepter nos deux chères filles et moi-même sans ma sœur. Elle aura la compagnie de Fanny Price comme vous savez, de sorte que tout sera à merveille. Quant à Edmond, je réponds pour lui qu’il sera charmé de se joindre à nous : il pourra venir à cheval. »
Madame Rushworth exprima ses regrets de ce que lady Bertram voulût rester chez elle, ainsi que miss Price qui n’avait jamais vu Sotherton, ce qui était grand dommage.
« Vous êtes infiniment bonne, dit madame Norris ; mais, quant à Fanny, elle aura de nombreuses occasions de voir Sotherton. Pour cette fois, il n’est nullement question qu’elle soit de la partie. Lady Bertram ne peut s’en passer. »
« Oh non ; je ne puis me passer de Fanny, » dit lady Bertram.
Madame Rushworth, convaincue que tout le monde devait désirer de voir Sotherton, invita alors miss Crawford à se joindre aux demoiselles Bertram, et Marie consentit volontiers à accepter cette civilité. Madame Grant avait refusé poliment pour son propre compte, mais elle était bien aise que sa sœur profitât des occasions qui lui offraient de l’amusement.
M. Rushworth revint du presbytère après avoir réussi dans l’objet de sa visite ; et Edmond parut en même temps pour apprendre ce qui avait été arrêté pour le mercredi suivant. Madame Rushworth prit congé quelques minutes après. Edmond la conduisit à la voiture, et accompagna ensuite madame Grant et miss Crawford au bas du parc.
À son retour, il trouva madame Norris fort occupée avec ses nièces de la manière dont se ferait le voyage. Les nièces s’étaient prononcées pour la calèche de M. Crawford. Edmond parla de prendre la chaise de poste de son père. « Quoi ! dit Julia, nous entasser, toutes trois dans une chaise de poste par la chaleur actuelle, quand nous pouvons aller dans une calèche ! Non, mon cher Edmond, cela ne peut pas être. »
« En outre, dit Maria, je sais que M. Crawford compte sur nous. »
« Je présume, dit Edmond, qu’il n’y a aucune difficulté à ce qu’une dame se mette sur le siége de la calèche avec M. Crawford. »
« Non certainement, dit Maria, et je crois que ce sera la place la plus agréable. On a un aspect du pays bien plus étendu ; probablement miss Crawford voudra s’y asseoir. »
« Alors, répondit Edmond, je ne vois aucune objection à ce que Fanny aille avec vous. »
« Fanny ! répéta madame Norris, il n’est pas question qu’elle vienne : elle reste avec sa tante ; je l’ai dit à madame Rushworth ; elle n’est pas attendue. »
« Vous n’avez aucune raison, madame, dit Edmond à sa mère, pour que Fanny ne soit pas de la partie ? »
« Non certainement ; mais je ne puis me passer d’elle. »
« Vous le pourrez, si je reste avec vous comme j’en ai l’intention. »
Il y eut un cri général à cette proposition.
« Oui, continua Edmond, il n’y a aucune nécessité pour que j’aille à Sotherton. Fanny a un grand désir de voir ce château. Je sais qu’elle serait charmée d’y aller ; elle a si rarement l’occasion de prendre un pareil plaisir, que je suis sûr, madame, que vous seriez bien aise de le lui procurer. »
« Oh oui, très-volontiers ! si votre tante n’y voit aucune objection, » dit lady Bertram.
Madame Norris, qui n’avait aucune affection pour Fanny, répéta qu’elle avait assuré positivement à madame Rushworth que Fanny ne pouvait pas être du voyage. Mais Edmond répliqua qu’en conduisant madame Rushworth, il lui avait parlé de miss Price, et en avait reçu une invitation pour sa cousine directement. Madame Norris était trop contrariée de ce que le plan qu’elle croyait avoir parfaitement arrangé elle-même fût changé, pour se soumettre de bonne grâce aux raisons d’Edmond. Elle se borna à dire :
« Bien, très-bien, arrangez cela comme vous vous voudrez ; pour moi, je ne m’en occuperai plus. »
Lorsque Fanny connut ce changement, elle en éprouva plus de reconnaissance que de plaisir. Elle ressentait la bonté d’Edmond avec une sensibilité qu’il ne pouvait soupçonner, parce qu’il ne se doutait pas de son tendre attachement pour lui ; mais elle s’affligeait de ce qu’il se privât d’un plaisir à cause d’elle, et elle n’éprouvait aucune satisfaction à aller voir Sotherton sans lui.
À la réunion suivante des deux familles, le plan éprouva encore une altération, et elle fut approuvée généralement. Madame Grant s’offrit pour tenir compagnie à lady Bertram au lieu de son fils, et le docteur Grant devait venir dîner avec les deux dames. Lady Bertram fut très-contente de cet arrangement, Edmond lui-même fut fort satisfait de pouvoir aller à Sotherton ; et madame Norris, qui jugea le nouveau plan excellent, dit qu’elle avait été sur le point de le proposer quand madame Grant avait pris la parole.
Le mercredi vint. Le jour était superbe. Aussitôt après le déjeûner la calèche arriva. M. Crawford qui la conduisait, amenait ses deux sœurs. Madame Grant n’eut qu’à descendre. Les autres personnes étaient prêtes à y monter. La place enviée, la place d’honneur n’était pas occupée. Pendant que chacune des demoiselles Bertram songeait à s’en emparer, la chose fut décidée par madame Grant. Comme vous êtes cinq, dit-elle, je crois que l’une de vous devrait s’asseoir à côté d’Henri. Et vous, Julia, qui désirez tant apprendre à conduire une voiture, il faut que vous profitiez de cette occasion pour prendre une leçon. »
Heureuse Julia ! malheureuse Maria ! La première fut assise dans un moment sur le siége de la calèche, tandis que la seconde se plaça dans la calèche avec un sentiment de tristesse et de dépit. On partit immédiatement.
La route était frayée à travers un pays agréable, et Fanny, qui n’avait jamais fait de promenades étendues, fut bientôt au-delà des limites de la contrée qu’elle connaissait. Tout était nouveau pour elle, et elle jouissait d’un plaisir infini à admirer tout ce qui s’offrait à ses regards avec un aspect intéressant. On ne l’invitait pas souvent à se mêler à la conversation, et elle ne le désirait pas ; ses propres pensées et ses réflexions étaient habituellement sa meilleure compagnie. Elle goûtait, en observant l’apparence du pays, la différence du sol, l’état de la moisson, les chaumières, les troupeaux, les groupes d’enfans, un plaisir qui n’aurait pu être augmenté que par la possibilité de s’en entretenir avec Edmond. Cette dernière circonstance était son seul point de ressemblance avec miss Crawford, qui était placée auprès d’elle. Miss Crawford n’avait rien de la délicatesse de goût et d’esprit de Fanny. La nature était inanimée à ses yeux et l’intéressait peu. Toute son attention se portait sur la société et sur ses talens personnels pour tout ce qui était frivole. Quelquefois cependant, lorsque la route se courbait, ou qu’Edmond les devançait pour monter une élévation de terrain, Fanny et miss Crawford se réunissaient pour dire au même instant : « Le voilà ! »
Pendant les sept premiers milles, miss Bertram eut peu d’agrément. Elle avait toujours sous les yeux M. Crawford et sa sœur qui, assis l’un près de l’autre, s’entretenaient avec vivacité et gaîté. Quand Julia se tournait vers la calèche, c’était avec un air enchanté, et Maria trouvait dans la gaîté de sa sœur et dans les sourires que M. Crawford lui adressait, un sujet continuel d’irritation.
Mais lorsqu’on arriva dans les environs de Sotherton, miss Bertram se trouva mieux. Elle avait deux cordes à son arc ; les sentimens de Rushworth et les sentimens de Crawford. Ceux du premier étaient on ne peut mieux servis par le voisinage de Sotherton. Maria ne pouvait dire à miss Crawford, sans éprouver un tressaillement de joie, « que ces bois appartenaient à Sotherton, que des deux côtés de la route, tout le pays appartenait à M. Rushworth ; » et ce plaisir augmenta à mesure que l’on approcha du château, antique résidence de la famille, avec tous ses droits et ses privilèges.
« Nous n’avons plus de mauvais chemins, miss Crawford : M. Rushworth a fait arranger la route. Voici où commence le village : ces maisons ont besoin d’être réparées. Le clocher de l’église est d’une beauté remarquable. Voici la maison de l’intendant. Nous voici à l’entrée du parc. Nous avons encore près d’un mille à faire. Le parc est assez bien de ce côté-ci, comme vous voyez. Il y a de beaux arbres. Mais la situation du château est mauvaise. »
Miss Crawford était prompte à tout admirer. Elle devinait facilement les sentimens de miss Bertram, et elle se faisait un point d’honneur de seconder au mieux la jouissance qu’elle éprouvait. Madame Norris était dans le ravissement, et ne cessait de parler. Fanny même exprimait aussi son admiration, et était entendue avec complaisance. Lorsqu’elle aperçut le château, elle observa « que c’était un bâtiment qu’elle ne pouvait regarder sans éprouver une sorte de respect ; elle ajouta : maintenant où est l’avenue ? Nous voyons la façade de l’est : l’avenue doit être alors derrière le château. M. Rushworth disait qu’elle était devant la façade du midi.
« Oui ; elle est exactement derrière le château. Elle commence à peu de distance, et va en montant l’espace d’un demi-mille. Elle est toute en chênes. »
Miss Bertram pouvait alors parler avec une connaissance parfaite de ce qu’elle avait prétendu ignorer quand M. Rushworth lui avait demandé son opinion ; et ses esprits étaient dans la plus agréable émotion que la vanité et l’orgueil puissent causer, lorsqu’on arriva au large perron de la principale entrée.
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