Читать книгу «L'Odyssée» онлайн полностью📖 — Homer — MyBook.

»Idothée nous apporta alors du vaste sein de la mer quatre peaux de phoques fraîchement écorchées, et creusant des lits dans le sable, elle nous fit coucher et nous couvrit chacun d'une peau. L'embuscade était pénible, car l'odeur affreuse des phoques nous mettait au supplice. Pour nous soulager, la déesse approcha de nos narines l'ambroisie au doux parfum. Toute la matinée nous attendîmes avec patience. Vers le milieu du jour, le vieillard, suivi de ses phoques, sortit de la mer et compta son troupeau. Son cœur ne soupçonna point la ruse et il se coucha. Alors, poussant de grands cris, nous nous élançâmes sur lui. Le vieillard n'oubliant pas son art trompeur, se fit d'abord lion à la belle crinière, puis dragon, puis panthère et sanglier énorme. Il devint ensuite eau rapide et arbre aux branches élevées. Mais nous le tenions étroitement serré; l'artificieux vieillard se sentant vaincu et m'interrogeant enfin, m'adressa ces paroles:

»—Fils d'Atrée, que désires-tu de moi?

»Je lui dis aussitôt:

»—Tu sais que depuis longtemps, retenu dans cette île, je ne puis trouver un terme à mes peines et mon cœur se consume de douleur. Dis-moi quel est celui des Immortels qui ferme ma route et me barre la mer poissonneuse?

»Protée me dit alors:

»—Le destin ne veut pas que tu revoies ta patrie avant que, retourné dans les eaux de l'Egyptos, tu n'aies offert de saintes hécatombes aux Immortels, habitant le vaste ciel.

»Il dit et mon cœur se remplit de tristesse:

»—Vieillard, lui répondis-je, je ferai ainsi que les dieux l'ordonnent, mais dis-moi si tous les Achéens sont heureusement rentrés dans leurs foyers, ou si quelqu'un d'entre eux est mort prématurément au retour de la guerre de Troie?

»Il me dit aussitôt:

»—Tu n'as nul besoin de connaître ces choses, ni ma pensée; avant peu, tu verseras des larmes ayant tout appris; cependant je te dirai que plusieurs ont péri dans le retour; mais l'un d'eux vit, retenu sur un point de la vaste mer. Ajax a bu l'onde amère près des vaisseaux aux longues rames, pour ses paroles orgueilleuses. Quant à ton frère, protégé de Junon, une tempête le saisit près de Malée, mais les dieux changèrent le vent et conduisirent ses vaisseaux aux lieux où habitait Egisthe, fils de Thyeste. Se réjouissant, Agamemnon embrassait la terre de la patrie aimée, la mouillant de ses larmes. D'une retraite cachée, un espion que le perfide Egisthe avait placé là signala son retour. Aussitôt Egisthe, choisissant vingt hommes braves, vint avec des chevaux et des chars, au-devant du pasteur des peuples. Il ramena le héros et le tua pendant le festin célébrant son retour, comme on tue un bœuf à l'étable. Aucun des compagnons du fils d'Atrée, ni les complices d'Egisthe ne survécurent.

»A ce récit, mon cœur se brisa. Assis sur le sable, je ne pouvais arrêter mes larmes. Alors le vieillard marin me dit:

»—Ne pleure pas, fils d'Atrée, sur ces choses sans remède; hâte plutôt ton retour pour préparer Oreste à la vengeance fatale.

»Je sentis à ces mots mon cœur se ranimer dans ma poitrine, et j'adressai au dieu ces paroles ailées:

»Puisque je sais maintenant le sort de ces deux guerriers, dis-moi le nom du troisième encore retenu sur la vaste mer?

»Il me dit aussitôt:

»—C'est le fils de Laërte, Ulysse, roi d'Ithaque. Je l'ai vu dans l'île de Calypso, retenu par force, versant d'abondantes larmes, n'ayant ni vaisseau aux longues rames, ni compagnons pour parcourir, sur le dos de la vaste mer, la route du retour dans la patrie. Pour toi, Ménélas, ton destin n'est pas de périr aujourd'hui, parce que tu es l'époux d'Hélène, fille de Zeus.

»Il dit et se glissa sous l'onde agitée. Pour moi, j'allai vers les vaisseaux avec mes compagnons pour préparer le repas du soir. Quand parut l'Aurore aux doigts de rose, nous lançâmes nos vaisseaux sur la mer divine que les rameurs frappaient en cadence, nous ramenant aux bords de l'Egyptos. J'apaisai le courroux des Immortels, j'élevai un tombeau à Agamemnon. Ces devoirs accomplis, les dieux m'accordèrent le vent qui conduit à la douce patrie. Maintenant Télémaque, demeure quelques jours encore; attends les présents magnifiques que je te destine: trois chevaux, un char brillant, puis aussi, une belle coupe pour les libations aux Immortels et en souvenir de moi.

Télémaque lui répondit:

—Certes, j'oublierais volontiers pendant une année ma maison et mes parents, en écoutant tes récits charmeurs; cependant, mes compagnons s'endorment dans Pylos délicieuse, je ne peux prolonger mon séjour. Quant aux présents que tu m'offres, je n'ose emmener dans Ithaque pierreuse et nourricière de chèvres, les coursiers d'Argos aux riches prairies.

Ménélas sourit, et le caressant de la main, lui dit:

—Cher enfant, à tes paroles, on reconnaît ton noble sang; je changerai donc mes présents. Je veux te donner le plus beau joyau de ma maison: c'est un cratère d'argent divinement ciselé par Vulcain; Phédime, roi des Sidoniens m'en fit présent; à mon tour, je te l'offre.

Ainsi parlaient-ils. Les convives arrivaient, amenant des brebis et apportant le vin généreux. Leurs épouses aux longues tresses préparaient le repas.

Cependant dans Ithaque, sur la belle esplanade devant la demeure d'Ulysse, les prétendants insolents s'amusaient et lançaient des palets et des javelots.

Semblables aux dieux, Antinoos et Eurymaque se tenaient à l'écart; Noémon, fils de Phronios, s'approchant d'eux, dit à Antinoos:

—Savons-nous, Antinoos, quand Télémaque reviendra de Pylos sablonneuse? J'attends mon vaisseau sur lequel il est parti, car je dois ramener de la vaste Elide mes vigoureux mulets encore indomptés.

Il dit, et les prétendants étaient frappés de surprise, car ils ignoraient tous que Télémaque fut parti pour Pylos. Antinoos répondit:

—Dis-moi, en vérité, quand est-il parti? quels jeunes gens l'ont suivi? Sont-ils des esclaves ou des mercenaires? T'a-t-il pris malgré toi ton vaisseau noir ou le lui as-tu donné de bon gré?

Noémon répondit:

—Je le lui ai donné, et les jeunes gens qui l'ont suivi sont choisis parmi les plus braves dans le peuple. Mentor, ou un dieu qui lui ressemble, les conduit.

Il dit et s'en alla. Les prétendants suspendirent leurs luttes. Antinoos, le cœur débordant de colère, prit la parole:

—Grands dieux! Ce voyage a donc été audacieusement accompli par Télémaque malgré nous tous! Que Zeus dompte la force de cet enfant avant que le malheur ne s'abatte sur nous! Allons, donnez-moi un vaisseau rapide et vingt compagnons, afin que je guette son retour et que je lui tende une embûche dans le détroit qui sépare la pierreuse Ithaque des bords escarpés de Samos, et que ce voyage lui soit fatal.

Tous l'approuvèrent, et s'étant levés, ils rentrèrent dans le palais d'Ulysse.

Le héraut Médon ayant entendu les propos perfides des prétendants, vint en instruire Pénélope qui lui adressa ces mots:

—Héraut, viens-tu prévenir les servantes d'Ulysse de préparer le repas pour les prétendants superbes? Ah! qu'ils cessent de me rechercher et qu'ils fassent aujourd'hui leur dernier, certes, leur dernier festin.

Médon, sagement lui répondit:

—Reine, un malheur menace Télémaque; les prétendants méditent sa perte à son retour de la sainte Pylos où il est allé chercher des nouvelles de son père.

Il dit, et Pénélope suffoquée de douleur, resta longtemps sans voix. Elle lui dit enfin:

—Héraut, pourquoi Télémaque est-il parti? Est-ce pour laisser oublier son nom même parmi les hommes?

Médon prudemment lui répondit:

—Je ne sais si quelque dieu ou son cœur seul l'a poussé à se rendre à Pylos pour apprendre le retour ou la mort de son père.

Il dit et se retira. Pénélope, dans sa profonde douleur s'affaisse sur le seuil de son appartement, et versant des larmes abondantes, dit aux esclaves pleurant comme elle:

—Écoutez, amies, le dieu de l'Olympe m'a donné plus de maux en partage qu'à vous toutes réunies. J'ai perdu d'abord un époux magnanime, glorieux parmi les Achéens et, aujourd'hui, un fils bien aimé m'est ravi sans gloire, poussé par les tempêtes loin de sa patrie. Malheureuses! qui m'avez laissée ignorer ce départ, courez appeler mon esclave Doléos, celui qui cultive mon jardin aux arbres nombreux; qu'il aille auprès de Laërte l'informer de tout ceci pour qu'il prévienne le peuple des noirs desseins tramés contre mon fils.

Euryclée, nourrice chérie, lui dit alors:

—Chère fille, que tu me tues avec l'airain cruel ou que tu me laisses dans ce palais, je ne te cacherai rien. Je savais ces choses; c'est moi qui lui ai donné le pain et le vin généreux pour son voyage et par le serment redoutable tu devais ignorer son départ. Il voulait t'éviter les larmes qui flétrissent la beauté. Maintenant, invoque Minerve; elle seule pourra le sauver de la mort; n'afflige point Laërte accablé par l'âge; la race d'Arcésios survivra, elle possédera un jour ces hautes demeures.

Elle dit. Pénélope alors, séchant ses larmes, se baigna, puis couvrit son corps de vêtements purs et monta dans ses appartements; elle mit l'orge sacrée dans une corbeille et pria Minerve en ces termes:

—Ecoute-moi, fille de Zeus! Si jamais Ulysse a brûlé pour toi les cuisses grasses d'un bœuf ou d'une brebis, souviens-toi de ces choses et sauve mon fils chéri! Eloigne de moi les prétendants superbes et méchants!

La déesse entendit sa prière.

Les prétendants remplissaient de tumulte le sombre palais; l'un d'eux insolemment, disait:

—La reine, sans doute, prépare son hymen, car elle ne sait point que la mort attend son fils.

Antinoos, alors, leur adressa ces paroles:

—Malheureux, cessez ces propos audacieux; quelqu'un pourrait nous trahir. Levons-nous et accomplissons en silence le dessein arrêté dans notre esprit.

Il dit et choisit vingt guerriers des plus braves qui se rendirent sur le bord de la mer.

Ils lancèrent un vaisseau sur l'onde profonde, disposèrent le mât, et préparèrent les voiles, fixèrent avec des courroies de cuir les rames à leur place et déployèrent ensuite les blanches voiles: puis ils mouillèrent le navire dans un endroit écarté; là, ils prirent leur repas, attendant patiemment que la nuit sombre fut venue.

Cependant Pénélope, étendue sur sa couche, éloignait de ses lèvres toute nourriture et tout breuvage, se demandant si son fils bien aimé éviterait la mort ou s'il serait dompté par les prétendants cruels: de même qu'un lion traqué craint le cercle perfide, telle Pénélope, agitée, redoutait pour Télémaque l'embûche funeste des prétendants.

Le doux sommeil survint enfin. Alors Minerve aux yeux bleus lui envoya, en songe, sous la forme d'un fantôme, sa sœur Iphthimé, pour apaiser sa douleur. Iphthimé lui parla en ces termes:

—Pénélope, ne pleure, ni ne t'afflige davantage; les dieux immortels ne veulent pas que ton fils périsse, car il ne les a point offensés. Aie confiance et ne crains rien. Télémaque est accompagné par une puissante déesse qui le protège et dont beaucoup d'autres hommes désireraient l'assistance. C'est Minerve qui a pitié de toi et qui m'a envoyé pour te dire ces choses.

La prudente Pénélope lui dit alors:

—Si tu as entendu la voix d'une déesse, dis-moi aussi ce que tu sais du malheureux Ulysse; vit-il encore ou est-il déjà descendu dans les demeures de Pluton?

Le fantôme noir lui répondit:

—Je ne te dirai rien d'Ulysse, car il est mal de prononcer de vaines paroles.

Ayant ainsi parlé, le fantôme disparut dans le souffle des vents et la fille d'Icarios s'éveilla, le cœur apaisé.

Les prétendants montés sur le vaisseau, naviguaient sur les routes humides, méditant la mort de Télémaque.

Entre Ithaque et Samos escarpée est une île hérissée de rochers et d'écueils; c'est là que se trouve Astéris à la rade facile; les Achéens, s'y mettant en embuscade, attendirent le fils d'Ulysse.

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