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Émile Zola

Lourdes


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066084202

Table des matières

PREMIÈRE JOURNÉE

I

II

III

IV

V

DEUXIÈME JOURNÉE

I

II

III

IV

V

TROISIÈME JOURNÉE

I

II

III

IV

V

QUATRIÈME JOURNÉE

I

II

III

IV

V

CINQUIÈME JOURNÉE

I

II

III

IV

V

PREMIÈRE JOURNÉE

Table des matières

I

Table des matières

Dans le train en marche, comme les pèlerins et les malades, entassés sur les dures banquettes du wagon de troisième classe, achevaient l'Ave maris stella, qu'ils venaient d'entonner au sortir de la gare d'Orléans, Marie, à demi soulevée de sa couche de misère, agitée d'une fièvre d'impatience, aperçut les fortifications.

—Ah! les fortifications! cria-t-elle d'un ton joyeux, malgré sa souffrance. Nous voici hors de Paris, nous sommes partis enfin!

Devant elle, son père, M. de Guersaint, sourit de sa joie; tandis que l'abbé Pierre Froment, qui la regardait avec une tendresse fraternelle, s'oublia à dire tout haut, dans sa pitié inquiète:

—En voilà pour jusqu'à demain matin, nous ne serons à Lourdes qu'à trois heures quarante. Plus de vingt-deux heures de voyage!

Il était cinq heures et demie, le soleil venait de se lever, radieux, dans la pureté d'une admirable matinée. C'était un vendredi, le 19 août. Mais déjà, à l'horizon, de petits nuages lourds annonçaient une terrible journée de chaleur orageuse. Et les rayons obliques enfilaient les compartiments du wagon, qu'ils emplissaient d'une poussière d'or dansante.

Marie, retombée à son angoisse, murmura:

—Oui, vingt-deux heures. Mon Dieu! que c'est long encore!

Et son père l'aida à se recoucher dans l'étroite caisse, la sorte de gouttière, où elle vivait depuis sept ans. On avait consenti à prendre exceptionnellement, aux bagages, les deux paires de roues qui se démontaient et s'y adaptaient, pour la promener. Serrée entre les planches de ce cercueil roulant, elle occupait trois places de la banquette; et elle demeura un instant les paupières closes, la face amaigrie et terreuse, restée d'une délicate enfance pour ses vingt-trois ans, charmante quand même au milieu de ses merveilleux cheveux blonds, des cheveux de reine que la maladie respectait. Vêtue très simplement d'une robe de petite laine noire, elle avait, pendue au cou, la carte qui l'hospitalisait, portant son nom et son numéro d'ordre. Elle-même avait exigé cette humilité, ne voulant d'ailleurs rien coûter aux siens, peu à peu tombés à une grande gêne. Et c'était ainsi qu'elle se trouvait là, en troisième classe, dans le train blanc, le train des grands malades, le plus douloureux des quatorze trains qui se rendaient à Lourdes, ce jour-là, celui où s'entassaient, outre les cinq cents pèlerins valides, près de trois cents misérables, épuisés de faiblesse, tordus de souffrance, charriés à toute vapeur d'un bout de la France à l'autre.

Mécontent de l'avoir attristée, Pierre continuait à la regarder, de son air de grand frère attendri. Il venait d'avoir trente ans, pâle, mince, avec un large front. Après s'être occupé des moindres détails du voyage, il avait tenu à l'accompagner, il s'était fait recevoir membre auxiliaire de l'Hospitalité de Notre-Dame de Salut; et il portait, sur sa soutane, la croix rouge, lisérée d'orange, des brancardiers. M. de Guersaint, lui, n'avait, épinglée à son veston de drap gris, que la petite croix écarlate du pèlerinage. Il paraissait ravi de voyager, les yeux au dehors, ne pouvant tenir en place sa tête d'oiseau aimable et distrait, d'aspect très jeune, bien qu'il eût dépassé la cinquantaine.

Mais, dans le compartiment voisin, malgré la trépidation violente qui arrachait des soupirs à Marie, sœur Hyacinthe s'était levée. Elle remarqua que la jeune fille était en plein soleil.

—Monsieur l'abbé, tirez donc le store... Voyons, voyons! il faut nous installer et faire notre petit ménage.

Dans sa robe noire de sœur de l'Assomption, égayée par la coiffe blanche, la guimpe blanche, le grand tablier blanc, sœur Hyacinthe souriait, d'une activité vaillante. Sa jeunesse éclatait sur sa bouche petite et fraîche, au fond de ses beaux yeux bleus, toujours tendres. Elle n'était peut-être pas jolie, mais adorable, fine, élancée, avec une poitrine de garçon sous la bavette du tablier, de bon garçon au teint de neige, débordant de santé, de gaieté et d'innocence.

—Mais il nous dévore déjà, ce soleil! Je vous en prie, madame, tirez aussi votre store.

Occupant le coin, près de la sœur, madame de Jonquière avait gardé son petit sac sur les genoux. Elle tira lentement le store. Brune et forte, elle était encore agréable, quoiqu'elle eût une fille de vingt-quatre ans, Raymonde, qu'elle avait fait monter, par convenance, avec deux dames hospitalières, madame Désagneaux et madame Volmar, dans un wagon de première classe. Elle, directrice d'une salle de l'Hôpital de Notre-Dame des Douleurs, à Lourdes, ne quittait pas ses malades; et, à la porte du compartiment, en dehors, se balançait la pancarte réglementaire, où étaient inscrits, au-dessous de son nom, ceux des deux sœurs de l'Assomption qui l'accompagnaient. Restée veuve d'un mari ruiné, vivant médiocrement, avec sa fille, de quatre à cinq mille francs de rentes, au fond d'une cour de la rue Vaneau, elle était d'une charité inépuisable, elle donnait tout son temps à l'œuvre de l'Hospitalité de Notre-Dame de Salut, dont elle portait, elle aussi, la croix rouge sur sa robe de popeline carmélite, et dont elle était une des zélatrices les plus actives. De tempérament un peu fier, aimant à être flattée et aimée, elle se montrait heureuse de ce voyage annuel, où elle contentait sa passion et son cœur.

—Vous avez raison, ma sœur, nous allons nous organiser. Je ne sais pas pourquoi je m'embarrasse de ce sac.

Et elle le mit près d'elle, sous la banquette.

—Attendez, reprit sœur Hyacinthe, vous avez le broc d'eau dans les jambes. Il vous gêne.

—Mais non, je vous assure. Laissez-le donc. Il faut bien qu'il soit quelque part.

Alors, toutes deux firent, comme elles disaient, leur ménage, pour vivre là le plus commodément possible, un jour et une nuit, avec leurs malades. L'ennui était qu'elles n'avaient pu prendre Marie dans leur compartiment, celle-ci ayant voulu garder près d'elle Pierre et son père; mais, par-dessus la cloison basse, on communiquait, on voisinait à l'aise. Et, d'ailleurs, tout le wagon, les cinq compartiments de dix places ne formaient qu'une même chambrée, comme une salle mouvante et commune, qu'on enfilait d'un regard. C'était, entre les boiseries nues et jaunes des parois, sous le lambrissage peint en blanc du plafond, une véritable salle d'hôpital, dans un désordre, dans un pêle-mêle d'ambulance improvisée. À demi cachés sous la banquette, traînaient des vases, des bassins, des balais, des éponges. Puis, le train ne prenant pas de bagages, les colis s'entassaient un peu partout, des valises, des boîtes en bois blanc, des cartons à chapeaux, des sacs, un amas lamentable de pauvres choses usées, raccommodées avec des ficelles; et l'encombrement recommençait en l'air, des vêtements, des paquets, des paniers, pendus à des patères de cuivre, et qui se balançaient sans repos. Au milieu de cette friperie, les grands malades, sur leurs étroits matelas, occupant plusieurs places, oscillaient, emportés par les secousses grondantes des roues; tandis que ceux qui pouvaient rester assis, s'adossaient aux cloisons, s'appuyaient à des oreillers, la face blême. Réglementairement, il devait y avoir par compartiment une dame hospitalière. À l'autre bout, se trouvait une deuxième sœur de l'Assomption, sœur Claire des Anges. Des pèlerins valides se levaient, buvaient et mangeaient déjà. Même, au fond, il y avait un compartiment entier de femmes, dix pèlerines serrées les unes contre les autres, des jeunes, des vieilles, toutes de la même laideur pitoyable et triste. Et, comme on n'osait baisser les glaces, à cause des phtisiques qui étaient là, la chaleur commençait, une odeur insupportable que peu à peu semblaient dégager les cahots de la marche, à toute vitesse.

À Juvisy, on avait dit le chapelet. Et six heures sonnaient, on passait devant la gare de Brétigny, en tempête, lorsque sœur Hyacinthe se leva. C'était elle qui dirigeait les exercices de piété, dont la plupart des pèlerins suivaient le programme, dans un petit livre à couverture bleue.

—L'Angélus, mes enfants, dit-elle avec son sourire, de son air de maternité, que sa grande jeunesse rendait si charmant et si doux.

De nouveau, les Ave se succédèrent. Et, comme ils finissaient, Pierre et Marie s'intéressèrent à deux femmes qui occupaient les deux autres coins de leur compartiment. L'une, celle qui se trouvait aux pieds de Marie, était une blonde mince, d'apparence bourgeoise, âgée de trente et quelques années, fanée avant l'âge. Elle s'effaçait, ne tenait pas de place, avec sa robe sombre, ses cheveux décolorés, sa figure longue et douloureuse, qui respirait un abandon sans bornes, une infinie tristesse. En face d'elle, l'autre, celle qui était sur la banquette de Pierre, une ouvrière du même âge, en bonnet noir, le visage ravagé de misère et d'inquiétude, tenait sur ses genoux une fillette de sept ans, si pâle, si diminuée, qu'elle en paraissait à peine quatre. Le nez pincé, les paupières bleuies, fermées dans sa face de cire, l'enfant ne pouvait parler; et elle n'avait qu'une petite plainte, un gémissement doux, qui chaque fois déchirait le cœur de la mère, penchée sur elle.

—Mangerait-elle un peu de raisin? offrit timidement la dame, muette jusque-là. J'en ai, dans mon panier.

—Merci, madame, répondit l'ouvrière. Elle ne prend que du lait, et encore... J'ai eu soin d'en emporter une bouteille.

Et, cédant au besoin de confidence des misérables, elle dit son histoire. Elle s'appelait madame Vincent, elle avait perdu son mari, doreur de son état, emporté par la phtisie. Restée seule avec sa petite Rose, qui était sa passion, elle avait travaillé jour et nuit de son métier de couturière, pour l'élever. Mais la maladie était venue. Depuis quatorze mois, elle la gardait ainsi sur les bras, de plus en plus douloureuse et réduite, tombée à rien. Un jour, elle qui n'allait jamais à la messe, était entrée dans une église, poussée par le désespoir, implorant la guérison de sa fille; et, là, elle avait entendu une voix qui lui disait de l'emmener à Lourdes, où la sainte Vierge la prendrait en pitié. Ne connaissant personne, ne sachant même pas comment s'organisaient les pèlerinages, elle n'avait eu qu'une idée: travailler, économiser l'argent du voyage, prendre un billet, et partir avec les trente sous qui lui restaient, et n'emporter qu'une bouteille de lait pour l'enfant, sans même songer à s'acheter pour elle un morceau de pain.

—Quelle maladie a-t-elle donc, la chère petite? reprit la dame.

—Oh! madame, c'est bien sûr le carreau. Mais les médecins ont des noms à eux... D'abord, elle n'a eu que des petits maux de ventre. Ensuite, le ventre s'est gonflé, et elle souffrait, oh! si fort, à vous arracher les larmes des yeux. Maintenant, le ventre s'est aplati; seulement, elle n'existe plus, elle n'a plus de jambes, tant elle est maigre; et elle s'en va en sueurs continuelles...

Puis, comme Rose avait gémi en ouvrant les paupières, la mère se pencha, bouleversée, pâlissante.

—Mon bijou, mon trésor, qu'est-ce que tu as?... Veux-tu boire?

Mais déjà la fillette, dont on venait de voir les yeux vagues, d'un bleu de ciel brouillé, les refermait; et elle ne répondit même pas, retombée à son anéantissement, toute blanche dans sa robe blanche, une coquetterie suprême de la mère, qui avait voulu cette dépense inutile, dans l'espoir que la Vierge serait plus douce pour une petite malade bien mise et toute blanche.

Au bout d'un silence, madame Vincent reprit:

—Et vous, madame, c'est pour vous que vous allez à Lourdes?... On voit bien que vous êtes malade.

Mais la dame s'effara, rentra douloureusement dans son coin, en murmurant:

—Non, non! je ne suis pas malade... Plût à Dieu que je fusse malade! Je souffrirais moins.

Elle se nommait madame Maze, avait au cœur un inguérissable chagrin. Après avoir fait un mariage d'amour avec un gros garçon réjoui, la lèvre en fleur, elle s'était vue abandonnée, au bout d'un an de lune de miel. Toujours en tournée, voyageant pour la bijouterie, son mari, qui gagnait beaucoup d'argent, disparaissait pendant des six mois, la trompait d'une frontière à l'autre de la France, emmenait même avec lui des créatures. Et elle l'adorait, elle en souffrait si affreusement, qu'elle s'était jetée dans la religion. Enfin, elle venait de se décider à se rendre à Lourdes, pour supplier la Vierge de convertir son mari et de le lui rendre.

Madame Vincent, sans comprendre, sentit pourtant là une grande douleur morale; et toutes deux continuèrent à se regarder, la femme abandonnée qui agonisait dans sa passion, et la mère qui se mourait de voir mourir son enfant.

Cependant, Pierre avait écouté, ainsi que Marie. Il intervint, il s'étonna que l'ouvrière n'eût pas fait hospitaliser sa petite malade. L'Association de Notre-Dame de Salut avait été fondée par les Pères Augustins de l'Assomption, après la guerre, dans le but de travailler au salut de la France et à la défense de l'Église, par la prière commune et par l'exercice de la charité; et c'étaient eux qui, provoquant le mouvement des grands pèlerinages, avaient particulièrement créé, et sans cesse élargi depuis vingt ans, le pèlerinage national qui se rendait chaque année à Lourdes, vers la fin du mois d'août. Toute une organisation savante s'était ainsi peu à peu perfectionnée, des aumônes considérables recueillies par le monde entier, des malades enrôlés dans chaque paroisse, des traités passés avec les compagnies de chemins de fer; sans compter l'aide si active des petites sœurs de l'Assomption et la création de l'Hospitalité de Notre-Dame de Salut, vaste affiliation de tous les dévouements, où des hommes et des femmes, du beau monde pour la plupart, placés sous les ordres du directeur des pèlerinages, soignaient les malades, les transportaient, assuraient la bonne discipline. Les malades devaient faire une demande écrite pour obtenir l'hospitalisation, qui les défrayait des moindres dépenses du voyage et du séjour; on les prenait à leur domicile et on les y ramenait; ils n'avaient donc qu'à emporter quelques vivres de route. Le plus grand nombre étaient, à la vérité, recommandés par des prêtres ou par des personnes charitables, qui veillaient à l'enquête, à la formation du dossier, les pièces d'identité nécessaires, les certificats des médecins. Après quoi, les malades n'avaient plus à s'occuper de rien, n'étaient plus que de la triste chair à souffrance et à miracles, entre les mains fraternelles des hospitaliers et des hospitalières.

—Mais, madame, expliquait Pierre, vous n'auriez eu qu'à vous adresser au curé de votre paroisse. Cette pauvre enfant méritait toutes les sympathies. On l'aurait acceptée immédiatement.

—Je ne savais pas, monsieur l'abbé.

—Alors comment avez-vous fait?

—Monsieur l'abbé, je suis allée prendre un billet à un endroit que m'avait indiqué une voisine qui lit les journaux.

Elle parlait des billets, à prix très réduit, qu'on distribuait aux pèlerins qui pouvaient payer. Et Marie, écoutant, était prise d'une grande pitié et d'un peu de honte: elle qui n'était pas absolument sans ressources, avait réussi à se faire hospitaliser, grâce à Pierre, tandis que cette mère et sa triste enfant, après avoir donné leurs pauvres économies, restaient sans un sou.

Mais une secousse plus rude du wagon lui arracha un cri.

—Oh! père, je t'en prie, soulève-moi un peu. Je ne puis plus rester sur le dos.

Et, lorsque M. de Guersaint l'eut assise, elle soupira profondément. On venait à peine de dépasser Étampes, à une heure et demie de Paris, et la fatigue déjà commençait, avec le soleil plus chaud, la poussière et le bruit. Madame de Jonquière s'était mise debout, pour encourager la jeune fille d'une bonne parole, par-dessus la cloison. Sœur Hyacinthe se leva de nouveau, elle aussi, tapa gaiement dans ses mains, afin de se faire entendre et obéir, d'un bout du wagon à l'autre.

—Allons, allons! ne songeons pas à nos bobos. Prions et chantons, la sainte Vierge sera avec nous.

Elle-même entama le Rosaire, d'après les paroles de Notre-Dame de Lourdes; et tous les malades et les pèlerins la suivirent. C'était le premier chapelet, les cinq mystères joyeux, l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Purification et Jésus retrouvé. Puis, tous entonnèrent le cantique: «Contemplons le céleste archange...» Les voix se brisaient dans le grondement des roues, on n'entendait que la houle assourdie de ce troupeau, qui étouffait au fond du wagon fermé, roulant sans fin.

Bien qu'il pratiquât, M. de Guersaint ne pouvait jamais aller jusqu'au bout d'un cantique. Il se levait, se rasseyait. Il finit par s'accouder à la cloison et par causer, à demi-voix, avec un malade assis contre cette cloison même, dans le compartiment voisin. M. Sabathier était un homme d'une cinquantaine d'années, trapu, la tête grosse et bonne, complètement chauve. Depuis quinze ans, il était frappé d'ataxie, ne souffrant que par accès, mais les jambes prises, complètement perdues; et sa femme, qui l'accompagnait, les lui déplaçait comme des jambes mortes, quand elles finissaient par trop lui peser, pareilles à des lingots de plomb.

—Oui, monsieur, tel que vous me voyez, je suis un ancien professeur de cinquième du lycée Charlemagne. D'abord, j'ai cru à une simple sciatique. Puis, j'ai eu les douleurs fulgurantes, vous savez, les coups d'épée rouge dans les muscles. Pendant près de dix années, j'ai été peu à peu envahi, j'ai consulté tous les médecins, je suis allé à toutes les eaux imaginables; et, maintenant, je souffre moins, mais je ne peux plus bouger de mon fauteuil... Alors, moi qui avais vécu sans religion, j'ai été ramené à Dieu par cette idée que j'étais trop misérable et que Notre-Dame de Lourdes ne pourrait pas faire autrement que d'avoir pitié de moi.

Pierre, intéressé, s'était accoudé à son tour, et il écoutait.

—N'est-ce pas, monsieur l'abbé, la souffrance est le meilleur réveil des âmes? Voici la septième année que je vais à Lourdes, sans désespérer de ma guérison. Cette année, j'en suis convaincu, la sainte Vierge me guérira. Oui, je compte bien marcher encore, je ne vis désormais que dans cet espoir.

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